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Mission RHUM-RUM à Madagascar

Written by Geneviève Roult on jeudi, 28 novembre 2013. Posted in Stations sismo

Mission RHUM-RUM à Madagascar, de Tanararive à Fort-Dauphin

Dans le cadre du projet RHUM-RUM, nous avons installé en octobre 2012 et en collaboration avec nos collègues sismologues d'Antananarivo 5 stations large-bande à Madagascar, le long de la côte sud-est, très précisément dans les localités de Manakara, Farafangana, Manambondro, Manantenina et Mahatalaky. Les stations ayant une autonomie de 6 mois, nous devons retourner régulièrement sur place vérifier la bonne marche des stations et copier les données. En ce mois de novembre 2013, tandis que nous voguons sur le Meteor en repêchant les OBS que nous avions déposés il y a un an, deux collègues de La Réunion font la route Tanararive – Fort-Dauphin pour la troisième fois pour aller visiter ces stations. Et quelle route! La saison des pluies a commencé malheureusement tôt cette année et l'état de la route s’est encore dégradé. La voiture est tombée en panne, et nos collègues ont du faire appel à une seconde voiture venue du sud  pour les retrouver à mi-chemin. Les rivières débordent et les passages de bacs (dont beaucoup sont manuels) sont devenus  périlleux. De même, il faut toute l’expérience des chauffeurs malgaches pour passer les nombreux gués. Nos collègues ont failli rester coincés mais  sont finalement arrivés sains et saufs à Fort-Dauphin, exténués mais avec une bonne moissons de données sismologiques. Ces 5 stations malgaches du projet RHUM-RUM vont rester en place jusqu’en mai 2014 au minimum, elles seront ensuite démontées et rapatriées pour d’autres missions sismologiques. Des volontaires pour affronter les pistes malgaches?

Merci à Christophe et Richard pour cette mission remplie avec succès, car ce n’était vraiment pas une mission facile, et bien sûr félicitations aux chauffeurs malgaches. Un grand merci  à Gérard Rambolamanana du IOGA à Antananarivo pour son implication et son soutien dans l'expérience RHUM-RUM. 

Geneviève

 Mada station

Mada guet

Mada barge

 

Récit d'une mission sismologique à Madagascar

Written by Christophe Brunet on lundi, 02 décembre 2013. Posted in Stations sismo

 

Nous sommes partis, Richard et moi, le lundi 18 novembre 2013 de la Réunion pour atterrir à Tananarive, Madagascar, dans l’après-midi. Nous devions initialement quitter Tananarive le lendemain matin mais notre chauffeur, Mam, à besoin d’une journée pour réparer une fuite d’huile. Par précaution nous contactons un second chauffeur de confiance si la voiture n’est pas prête à temps, ce qui finalement ne sera pas nécessaire. Nous profitons de la journée du mardi pour rendre visite à Gerard Rambolamanana, directeur de l’Observatoire de Geophysique, et récupérer des ordres de mission malgaches en cas de contrôles de police. La saison des pluies a déjà commencé et a près d’un mois d’avance.

Départ mercredi 20 novembre, direction le sud avec Mam. Nous passons par Antsirabé et Ambositra et bifurquons ensuite vers l’est juste avant Fianarantsoa pour faire une halte à Ranomafana (10h de route). Le lendemain nous nous arrêtons à Manakara pour relever les données de la première station, hébergée chez les Soeurs de la Charité (4h de route). Une gastro m’a occupé une partie de la nuit et la journée de demain s’annonce difficile.

Vendredi 22 novembre, nous longeons ensuite la côte vers le sud pour rejoindre Farafagana où la seconde station se trouve à environ 20 min de piste chez la personne s’occupant du catéchisme (2h30 de piste). Cette station, comme d’autres, se trouve au pied d’un immense arbre à letchis recouvert de fruit bien mûr en cette saison … Après avoir copié les données nous partons vers le village de Vangaindrano pour y passer la nuit (2h30 de piste). Sans boire ni manger de la journée, mes problèmes gastriques se sont évanouis.

Samedi 23 novembre, nous arrivons à Manambondro pour la troisième station RUM3 qui se trouve dans l’enceinte de la gendarmerie. En fin d’après midi, Mam, qui a passé une partie de la journée à contrôler son moteur, nous annonce que le joint de culasse est en train de lâcher ! Impossible de continuer avec la voiture, la piste devenant de plus en plus accidenté dans le sud. Mam doit rebrousser chemin vers le village précédent en roulant doucement et attendre un mécanicien venu de Tananarive avec un nouveau joint de culasse : nous sommes samedi et au mieux nous pourrions espérer un nouveau départ le mercredi suivant ! Pour corser le tout nous sommes dans une zone qui n’est pas couverte pas le réseau téléphonique… heureusement j’ai un téléphone satellite avec moi. Ainsi j’appelle Aziz, notre contact à Fort Dauphin, qui nous envoie pour le lendemain une seconde voiture. La dite voiture arrivera le dimanche 24 novembre vers 19h (alors qu’on y croyait plus) après 14h de piste dont plusieurs parties sont immergées à cause des pluies soutenues de ces derniers jours.

Nous sommes donc restés à attendre la seconde voiture ce dimanche à Vangaindrano, qui est un village de brousse où il n'y a strictement rien à faire. Les "rues" sont en terre et il pleut ... C'est un village plutôt pauvre, avec de la terre et de la boue, des cases en bois et végétaux, ... et pourtant tout le monde met son plus bel habit pour la messe : les messieurs ont de beaux costumes avec des chaussures cirées, les petits garçons sont habillés de la même façon et les petites filles ont des robes de princesse ou de demoiselle d'honneur. Les dames ont des robes et de beaux chapeaux. Vision presque hallucinante dans ce contexte de brousse … Les gens sont souriants et les plus jeunes comme les plus âgés prennent plaisir à exercer leur français avec nous.

Nous partons finalement le lundi matin de bonne heure pour rejoindre le village de Manantenina après 5h de piste difficile : la piste est inondée. Relevé des données de la station RUM4.

Mardi 26 novembre, nous partons de Manantenina à 04h00. Passages de rivières avec des bacs manuels ou à moteur dont un était bricolé avec deux flotteurs et quelques planches pour faire passer le 4x4 … c’était limite! Il pleut tellement depuis quelques jours que les rivières sont en crues : à l’approche d’un de ces fleuves le passeur nous indique que la traversée est impossible. Il faut attendre environ 3h que le niveau baisse! Mais de toute façon il pleut et je vois mal comment le niveau d'eau peut baisser en 3h : l’eau vient en grande partie des montagnes où il pleut abondamment... à moins d’attendre le mois de mai avec la fin de la saison des pluies! On est en pleine brousse et il faut absolument que l'on soit à la prochaine station avant 12h00. Après 1/4 d'heure, le passeur propose d'envoyer un "plongeur" pour récupérer une corde sous le bac et permettre le passage (le bac fonctionne manuellement, c'est à dire sans moteur, uniquement à la manivelle sur deux cordes) : combien ? quelques dizinae de milliers d’ariary, on a donc pu passer. Nous arrivons en fin de compte vers 11h30 à Mahatalaky pour relever les données de la dernière station RUM5 : le propriétaire du terrain, Belo, est un vieil homme très attachant bien qu'il ne parle pas le français. Il fera une prière pour nous afin que notre vol de retour se passe bien.

Nous partons ensuite vers Fort Dauphin où je dépanne la partie transmission de la station de Geoscope. Nous avons fait environ 11h de piste aujourd'hui avec des passages très difficiles : comme il a beaucoup plu de grandes nappes d'eau se sont formées sur la piste ! L'eau arrivait au 2/3 de la hauteur des portières de la voiture ! La difficulté est alors de ne surtout pas noyer le moteur de la voiture dans l'eau sinon on est bloqué, mais notre chauffeur s'en est bien sorti et on a serré les fesses plus d'une fois : il descendait régulièrement de la voiture pour sonder à pied le niveau de l'eau. D’ici quelques jours la piste sera impraticable...

Le 27 novembre nous rallions Tananarive par avion et le 28 novembre nous décollons vers la Réunion. Départ de l’aéroport de Tanannarive à 13h30 pour une arrivée initialement prévue à 16h05 … En effet à notre arrivée sur la Réunion il y a de fortes pluies sur St Denis. Notre avion, un ATR (avion à hélices), amorce une descente et est obligé de remettre les gaz au dernier moment. Il fera la même manoeuvre une seconde fois. Le commandant nous annonce alors qu’il amorce une troisième tentative : si ça ne passe pas, direction l’aéroport de St Pierre (dans le sud) … mais l’avion a pu se poser, bien qu’en observant le visage de l’hôtesse de l’air, la manoeuvre ne semblait pas gagnée d’avance … De toute façon Belo avait prié pour nous …

Ainsi s’achève cette mission pleine de rebondissements, d’anecdotes et de rencontres. Je retiendrai en particulier une rencontre qui m’a marquée : Belo, le propriétaire qui accueille la station RUM5. En 2012, le maire du village de Mahatalaky nous avait présenté Belo car son terrain correspondait à nos critères d’installation de la dernière station. C’est un homme grand et maigre (70-75 ans ?), respecté et respectable, parlant calmement, considéré comme un sage parmi les villageois et même par notre chauffeur de Tananarive. De condition très modeste il vit avec sa famille, dont un enfant trisomique assez joueur, dans des cases faites de bois et de végétaux dont le confort est loin, très loin des standards européens. Nous sommes alors dans le « petit salon » du maire composé de canapés défoncés. Après les présentations, Belo prend la parole pour une longue prière : celle-ci favorisera le bon déroulement de nos discussions et négociations (loyers).

Pendant l’installation de la station ses fils nous aident à fixer le panneau solaire ou à conditionner la station. Belo donne quelques directives de manière calme et posée aux adolescents qui s’exécutent naturellement. C’est donc le lundi 26 novembre 2013 sous des trombes d’eau que je retrouve Belo. Nous entamons alors le relevé des données de la station et nous nous mettons à l’abri dans la voiture, à 5 min à pied à travers la brousse, pour copier les données. Le fils trisomique de Belo nous observe alors d’un regard perdu. Après quelques temps apparait Belo qui vient le chercher en lui parlant avec des mots à l’intonation apaisante et le ramène vers sa case le bras sur l’épaule. Les données copiées nous repartons vers la station pour finaliser l’installation (remettre les cartes, vérifications, …). Pendant ce temps Belo nous observe, il veut communiquer, nous voulons communiquer également et échanger mais malheureusement je ne parle pas malgache et il ne parle pas français. D’un seul coup il s’éloigne alors rapidement de nous et du coin de l’oeil je le vois prendre un coq : un sacrifice sur la station !? Non, Belo veut me l’offrir en me faisant signe que ce coq va grossir et grossir avant d’être mangé : présent inestimable pour de pauvre gens comme Belo. C’est la mort dans l’âme que je refuse son cadeau en essayant de lui expliquer que je ne peux pas l’emmener avec moi dans l’avion : notre chauffeur fera plus tard la traduction et Belo fera prière pour notre retour en avion. Vient le moment de la transaction (paiement du loyer) qui représente beaucoup d’argent pour les malgaches de la brousse. Mon collègue Richard ramène le matériel à la voiture et m’envoie le chauffeur pour la traduction car je veux absolument éviter tout malentendu. En attendant, Belo me fait signe de le suivre. Nous traversons quelques rizières et nous arrivons devant une mare de forme carré de 5m de côté environ dont l’eau est claire. Je m’approche du bord de la mare et Belo fait le tour en m’indiquant de regarder dans la mare : des crocodiles, de gros poissons, que veut-il me montrer? Et finalement je les aperçois : ce sont de petites carpes ! Je lui fais alors signe qu’il les garde pour les manger? Mais non pas du tout ! Il joint ces deux mains pour former des jumelles et les portent à ses yeux : il veut tout simplement les observer en véritable amateur de carpes ! Surprenant et à la fois rassurant que des gens comme Belo, vivant dans la misère et dans des conditions d’hygiène qui ferait pâlir plus d’une personne, aient des plaisirs simples dans cette brousse parfois peu accueillante, surtout pendant la saison des pluies qui dure 6 mois.

A l’arrivée du chauffeur une conversation peut alors s’amorcer. Avec l’argent que je lui donne pour le loyer Belo a peut-être des projets : améliorer la nourriture quotidienne, refaire sa case, acheter quelques produits … Depuis quelques temps une personne rode autour de sa mare et lui vole ses carpes. Belo est contrarié. Avec l’argent des loyers, Belo ira à Fort Dauphin qui se trouve à 2 heures de piste en 4x4. Au mieux un taxi brousse l’emmènera ou sinon il fera comme à l’accoutumé, il ira à pied comme la plupart des malgaches. Et que fera-t-il à Fort Dauphin? Il achètera de quoi faire une clôture métallique afin de protéger ses carpes de ce voleur… Il est temps pour nous de partir. Nous déposons Belo au centre du village. Là il nous fait signe d’attendre. En cette saison les arbres à letchis sont gavés de fruit plus rouge et plus juteux les un que les autres. Belo a ce genre d’arbre sur sa propriété et dispose donc de tous les letchis qu’il souhaite. Belo sort donc de la voiture et va acheter 3 ballots de letchis pour les offrir à chacun de nous. Belo est un sage, et il me plait de croire que bien d’autres malgaches vivant dans ces brousses loin des sentiers touristiques et des préoccupations des politiques, le sont aussi.

Tout d’abord je remercie Richard de m’avoir accompagné dans ce périple « rustique » et parfois stressant. Sans l’aide précieuse d’Aziz, notre mission aurait été annulée en partie et les deux jours supplémentaires que j’avais prévus « au cas où » n’étaient pas superflus. Merci également à Frédérique notre gestionnaire qui a pu préparer notre mission au dernier moment et aux chauffeurs malgaches pour leur dextérité qui nous a permis d’arriver sain et sauf à bon port. Mam a joué de malchance avec sa voiture mais se sont des choses qui arrivent. De toute façon une mission qui se déroule comme prévu, je ne connais pas !

Christophe Brunet

Mada sismo 1

 Mada sismo 2

Mada sismo 5

Mada sismo 4