Coucher de soleil sur l’Océan Indien

Written by Márcia Maia on jeudi, 11 octobre 2012. Posted in Les campagnes en mer

8 octobre 2012

Coucher de soleil (Photo : Jerome Dyment)

Ce soir le coucher de soleil était assez beau. Les nuages à l'horizon nous ont empêché de voir le célèbre rayon vert, mais ont produit des effets de lumière élégants. Et tant mieux, car c'était le dernier de ce premier Leg et donc mon dernier aussi, puisque je fais partie de ceux qui débarquent demain à la Réunion. Cet après midi, avant mon quart, j'ai donc profité du beau temps et du soleil, en regardant la mer à l'extérieur du PC scientifique. Elle était très belle, de ce bleu profond qu'on ne trouve qu'au large. La houle, coupée par le navire et animée par le vent, formait des gros moutons avec des arcs-en-ciel en miniature. De quoi rester un moment à rêvasser et à se dire que c'est merveilleux d'être là. Merveilleux, non seulement à cause des horizons infinis, mais aussi et surtout, pour nous scientifiques passionnés et désireux de comprendre cette Terre, à cause des secrets qui nous cachent les océans.

Sous les mers se trouve la croûte océanique, différente de la croûte qui forme les grands blocs continentaux parce que elle se renouvelle en permanence. Elle est créée à l'axe des dorsales médio-océaniques, le plus grand système volcanique de la planète et détruite (nous disons plutôt recyclée) dans les zones de subduction. Pour comprendre les processus responsables de la formation d'une bonne partie de notre Terre, il faut donc aller chercher l'information sous les eaux. C'est ce que nous avons fait et ferons lors de ces deux Legs et aussi lors de nos différentes campagnes qui nous amènent dans d'autres mers du globe. Et c'est aussi parce que la Terre est couverte en grande partie par les océans que, pour avoir des images de son intérieur, nous devons aller installer des instruments sous l'eau. Comme nous le faisons dans ce beau projet de collaboration européenne auquel nous participons.

Comprendre la Terre, vraiment la connaître, est encore un défi. Nous connaissons mieux la surface de Mars que celle de notre propre planète. Or, acquérir cette connaissance requiert d'aller sur les mers (et souvent sous les mers) avec des navires et équipements sophistiqués, un investissement d'argent et de temps considérable. Mas payant à long terme. Car appréhender l'histoire de notre planète est la clé pour comprendre son avenir. Et ça, à toutes les échelles de temps et à toutes les échelles d'espace, même (et certains diraient, surtout) dans celles qui dépassent de beaucoup la dimension de la vie et de l'espèce humaine. Et ce dans tous les domaines de la science.

Pour nous tous, participer à une campagne océanographique est un effort considérable. Cela veut dire être absent pour une longue période (parfois plus d'un mois) et donc, des contraintes familiales et professionnelles qu'il faut pouvoir assumer. Mais comme c'est avant tout une passion, celle de connaître une partie de l'histoire de la Terre et des processus qui la façonnent, nous le faisons avec joie. Et c'est aussi un rêve d'enfant devenu réalité. Qui n'a pas rêvé des horizons lointains et des terres des mers du sud avec des grands récits de voyage, de La Pérouse à Cook, de Darwin ou de Jules Verne ? Pouvoir réaliser ses rêves et vivre sa passion vaut tous ces efforts.

Ce soir, nous sommes sortis regarder les étoiles, sous la suggestion de notre collègue Jason. Un beau ciel, où se dessinait la voie lactée se présentait à nos yeux. La Croix du Sud se cachait derrière un voile de nuages. Dommage, on aurait aimé la voir une dernière fois avant de quitter le Marion. Une prochaine fois, dans les mers du Sud, qui sait, à bord du Marion?

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Márcia Maia

Chercheuse en géophysique marine pour le CNRS et l'Université de Brest

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